Markus Beckedahl – Lanceur d’alertes – Berlin

 

Markus Beckedahl est le premier journaliste allemand à être jugé pour haute trahison depuis 1962. Hacker, il tient un média politique engagé intitulé Netzpolitik. En 2015, il est projeté au-devant de la sphère publique après avoir dévoilé des documents gouvernementaux secrets de la BfV – l’équivalent allemand de la NSA – qui dévoilaient des projets de surveillance massive des citoyens allemands par les réseaux sociaux. Il est de ces figures de l’activisme numérique en première ligne pour défendre nos droits numériques. Dans un salon juxtaposant sa rédaction, nous avons discuté de la place du lanceur d’alerte, de l’importance des algorithmes de curation sur nos démocraties, et de cette singularité à créer son identité au travers d’une opposition frontale avec son environnement politique.

Témoignage

LE LANCEUR D’ALERTE EST UNE FIGURE COMPLEXE, MULTIPLE, CONFRONTÉ AUX COMPROMIS

Quelle est la place des lanceurs d’alertes dans notre société ? Il n’y a pas vraiment de paysage institutionnel pour eux, pas vraiment de structures, ou de culture, qui leur permettent d’agir pleinement.

Tu parles d’un paradis complètement libre de la même manière que ce que pouvait incarner le Wikileaks originel de Julian Assange qui est coincé depuis 4 ans dans une ambassade ? (rires)

Pas forcément dans le sens de centraliser leur action – comme ce qu’essayait de faire Assange – mais plus de la manière de voir un système de contrôle des pouvoirs à l’échelle sociétale. Centraliser l’action des lanceurs d’alertes revient à créer une institution qui est soumis à des influences ou des intérêts. Même dans les cas les plus unanimes, comme les Panama Papers, on est jamais sûr que tout est dévoilé. C’est la question de l’instrumentalisation des lanceurs d’alertes. Je parlais plus d’une institution internationale qui pourrait garantir des droits individuels, par exemple. (ndlr : l’entretien est enregistré durant l’été 2016, avant l’imbroglio Clinton-Wikileaks de la campagne qui allait arriver)

On a besoin de meilleures lois pour les lanceurs d’alertes, et pas tant de techniques, ou de structures. Concernant ce que tu dis sur les Panama Papers, c’est évident, mais tu ne peux pas révéler ce genre de scandales de manière complètement ouverte, transparente, et à tout le monde. Car tu déclenches des effets de foule qui vont se déchaîner contre les noms que tu révèles. C’est un vrai problème quand tu te retrouves avec un fichier énorme avec des milliers de noms dessus. Je trouve même que le consortium a fait un bon travail dessus, et je ne vois pas vraiment comment ça aurait pu être fait différemment. Car fondamentalement, c’est légal d’avoir une société au Panama, et pas tout le monde en a une dans un pur objectif d’évasion fiscale. Tu dois donc faire attention dans le processus de traitement de tes informations. Si les lanceurs d’alertes derrière les Panama Papers avaient juste envoyé tous les documents à Wikileaks pour qu’ils soient publiés brutes de décoffrage, on aurait eu des foules qui se seraient dressées contre des personnes potentiellement innocentes. Si l’on parle de droits numériques, notamment concernant les données privés, je ne pense pas que ce soit le genre de sphère publique que nous voulions.

Mais ne pensez-vous pas que les intérêts privés pourraient investir cette notion de lanceur d’alerte ? Comme par exemple une société qui piraterait des données compromettantes d’une société concurrente pour distiller un parfum de scandale.

Bien sûr mais peut-être qu’il faut revenir ici à la définition même du lanceur d’alerte. Un lanceur d’alerte est une figure multiple : ça peut être un employé qui n’aime pas les agissements de son employeur, mais la figure du lanceur d’alerte telle qu’on la débat généralement est celle de l’activiste. Quelqu’un qui, dans un processus interne, agis dans le sens qu’il essaie de donner à la société qui l’entoure. C’est une motivation bonne pour l’équilibre de nos institutions. Quand c’est la motivation première, alors ce n’est pas gênant d’avoir des intérêts privés en jeu. Car des deux côtés de l’échiquier, des rivalités jouent selon les mêmes règles ; seul compte l’intérêt public, l’intérêt de la société civile dans son ensemble. C’est un débat beaucoup plus complexe que celui que l’on a dans nos sociétés car il n’existe tout simplement pas selon une figure stéréotypée du “lanceur d’alerte ». Les motivations peuvent être très variées, diverses. Certains lanceurs d’alertes sont inconnus, dans l’ombre. D’autres n’ont même pas l’ambition de porter un combat pour la société. C’est l’acte qui compte, au final, et qui doit être protégé.

 
 

Cette idée que c’est l’acte qui compte, c’est ce qui justifie les compromis quand on est activiste ? Par exemple, vous êtes présents sur Facebook alors même que vous en êtes un fervent opposant. Vous dénoncez le contrôle algorithmique de la curation (ndlr : la manière dont les algorithmes de Facebook choisissent le contenu que vous voyez) mais pour autant vous en jouez également.

Une partie de notre équipe éditoriale est sur Facebook, on a donc eu beaucoup de débats par le passé pour savoir si on devait être présent sur cette plateforme. Doit-on avoir une page facebook ? La question, c’est donc de savoir si on veut nourrir le système que l’on combat. La réponse pragmatique, c’est de se dire que l’on doit être sur Facebook car une bonne partie de nos lecteurs y sont, et l’utilisent comme leur principale plateforme de distribution de contenus médias. Si nous n’investissons pas cet espace, on réduit de facto la visibilité et la distribution de nos contenus. On a donc ouvert une page Facebook, dans l’optique de combattre un système que nous n’aimons pas, mais de l’intérieur. On essaie de leur apprendre comment s’informer différemment, et s’émanciper de ce genre de plateforme. Il y a d’autres débats où l’on reste sans réponse. Si tu publies tout ton contenu sur Facebook, alors tu vas être mieux traité par l’algorithme, développant ta capacité à être visible de tes lecteurs. Tu ne peux pas éviter ça, parce que les gens sont déjà sur la plateforme – c’est notamment ce qui leur permet de développer de telles logiques. On doit mettre une ligne rouge, d’une manière assez arbitraire. Pour nous, elle se situe vis-à-vis de notre présence sur ce réseau. Cette ligne, on la voit entre une utilisation des réseaux sociaux et de leurs algorithmes comme relais d’informations, et une utilisation de type “plateforme de publication”. C’est un juste équilibre entre le degré d’indépendance que l’on cède, et la potentielle visibilité de nos contenus. De plus en plus de médias commencent à utiliser Facebook ou d’autres réseaux directement comme une plateforme de publication. Nous, on ne le souhaite pas.

Est-ce toujours une problématique, quand on est un activiste politique, par essence actif au sein de la sphère publique, de savoir jusqu’où on peut faire des compromis ? De peser l’équilibre entre la diffusion des valeurs que l’on porte, et la manière dont on peut les partager pragmatiquement au plus grand nombre ?

Bien sûr. Si ton sujet est la surveillance capitalistique, et que ta principale plateforme de distribution d’information est la principale source de surveillance capitalistique, ça peut parfois être un peu … surréaliste. De la même manière, on informe les gens sur les nouvelles lois qui permettent l’espionnage, et ils partagent ces mêmes articles sur des plateformes où ils sont surveillés. C’est pour ça que nous nous recentrons sur notre objectif : on essaie de mieux informer les gens, pour qu’ils puissent être acteurs dans leur environnement. On s’inscrit dans un processus citoyen qui vise à demander de meilleures règles à la sphère politique. D’un point de vue pragmatique, ça revient à se poser la question “comment pourrait-on rendre nos usages numériques plus démocratiques ?”.

 

Théorisation

LA CURATION ALGORITHMIQUE MODIFIE EN PROFONDEUR NOTRE SPHÈRE PUBLIQUE ET NOTRE DÉMOCRATIE

Notre ère numérique est de plus en plus lié à l’idée de curation. La manière dont on peut accéder à l’information que l’on consomme prend une importance croissante à mesure qu’elle se complexifie. Au sein de cette curation, les algorithmes deviennent un enjeu comme jamais auparavant. Ce n’est pas un phénomène nouveau – d’introduire les algorithmes pour aiguiller la recherche d’information – mais son impact sur la sphère publique commence tout juste à s’étudier.

L’idée des droits numériques est relativement indépendante de la question de la curation par algorithme. Ce n’est pas un problème technologique, c’est un problème démocratique, et l’aborder par la question de la technologie ne permet pas de régler le problème à la source. Les règles et lois d’une démocratie sont faites en public, pour le public. Chaque citoyen peut s’engager dans ce débat, et nous devons vraiment nous concentrer sur les enjeux politiques des changements numériques. Ce qui rend problématique la curation par algorithme, c’est la place hégémonique de plateformes et de réseaux comme Facebook – qui deviennent incontournables concernant la manière dont on conçoit notre sphère publique. Nous, en tant que société, devons établir les règles pour conditionner ces acteurs privés, justement parce qu’ils sont incontournables sur la manière dont on peut concevoir notre sphère publique. Nous pouvons exiger la transparence, et mettre en place des systèmes de contrôles.

Donc pour toi, c’est beaucoup plus un problème politique ?

C’est les deux, mais les gens ont du mal à réaliser que c’est justement les deux. Certaines personnes ne voient que l’aspect technique du problème, ceux qui sont plongés dans les questions de démocratie peuvent à contrario survoler la réalité numérique. La réponse à ces enjeux sont à la fois démocratique, et à la fois technique.

 
 

Ça a l’air d’être un processus sans réel fin. Les entrepreneurs numériques sont de plus en plus créatifs sur comment créer de l’interconnexion sociale par le numérique, nous rendant par la même occasion de plus en plus sensible à cette question. Ce constat de combattre cette dérive de l’intérieur, il va s’accentuer, presque à la manière d’une boucle orwellienne, non ?

Notre vision, c’est celle qui consiste à dire qu’une sphère publique décentralisée et ouverte est possible. Malheureusement, nous n’avons pas encore la solution, celle qui nous permettra d’y arriver. Il y a beaucoup d’idées, de projets, notamment de la diaspora GNU ; le problème c’est qu’il n’y a pas de dimension populaire. Certaines plateformes beaucoup plus idéales existent. Le problème, c’est que tous tes amis vont continuer à utiliser les plateformes commerciales beaucoup plus pernicieuses quant aux droits numériques. C’est donc un problème plus large que juste proposer une alternative technique à ce qui existe, c’est un vrai problème public, et démocratique.

Ce concept de sphère publique est relativement récent. Il nous vient du XIXème siècle, de Habermas. J’ai l’impression que l’on sous-pèse encore beaucoup la manière dont on peut penser ce concept en profondeur vis-à-vis du numérique. Pas tant sur ce qui a déjà changé, mais sur tout ce qui va encore changer dans les années à venir.

Oui complètement. Selon moi le principal problème est celui de la privatisation de cette sphère publique. La plupart de nos communications passent par une sphère publique privatisée. Des sociétés basées en dehors de l’Union Européenne érigent des règles numériques grâce à des contrats qui changent en permanence, sans que nous soyons impliqués dedans. On te présente de nouvelles règles d’utilisation, avec un pistolet sur la tempe, sans vraiment avoir la possibilité de dire non, ou de négocier. Tu es face à cet énorme contrat numérique, et tu dois cliquer « OK », sinon tu es exclus de ces plateformes de communication. Ces plateforme sont tellement devenues prépondérantes dans le fonctionnement de notre société, que ça revient à être exclu de cette sphère publique. Tu n’aurais plus certaines invitations, ni certaines informations, ni des moyens de dialoguer directement avec des politiciens par exemple. Tu as littéralement un pistolet sur la tempe.

Et ces mêmes sociétés possèdent toutes les informations possibles et inimaginables sur toi : quelle musique tu écoutes, qui sont tes amis avec qui tu interagis le plus, où tu as été, avec qui, pendant combien de temps. Là où tu peux te rendre compte que cette question de la privatisation étrangère devient folle, c’est quand tu regardes certains débats en Europe. En ce moment en Allemagne, on a un débat sur la durée pendant laquelle un opérateur téléphonique serait autorisé à stocker tes données d’utilisation. On débat sur le nombre de semaines, alors que Facebook a cet accès, et conserve exactement ces mêmes données pendant des années. C’est là l’enjeu démocratique : les souverainetés des nations ne permettent plus d’avoir le contrôle sur notre sphère publique.

Penses-tu qu’il existe des chemins avec lesquels on pourrait changer cette progression de notre sphère publique vers cette définition ?

Il y a beaucoup d’approches différentes possible. La principale consiste à admettre le fait que Facebook et consorts sont ici et qu’il est presque impossible de les remplacer, auquel cas il faut se battre pour des droits numériques et démocratiques vis-à-vis de ces plateformes. C’est d’ailleurs intéressant d’étudier historiquement ce que l’on a pu faire vis-à-vis de systèmes structurant de manière hégémonique notre société. Il y a deux cents ans par exemple, des gens se sont dressés contre le système féodal. Pas forcément pour le renverser, l’élément central était qu’ils voulaient de nouveaux droits. Mais il faut aussi avoir du recul dans cette métaphore, Facebook n’a que dix ans.

Une bonne représentation de ça est le nombre important de gens qui publient sur leur mur un long message du type « Je n’autorise pas Facebook à utiliser mes informations personnelles … ». C’est complètement inutile, et c’est dans la lignée des chaînes d’email, mais c’est révélateur de la conscience des gens de cet enjeu de droits numériques. Ils ne savent juste pas comment s’y prendre pour les revendiquer.

La question ici c’est comment créer des mobilisations collectives vis-à-vis de ces droits numériques. C’est uniquement quand les individus commencent à s’organiser que la voix populaire peut avoir un certain poids. Peut-être quelque chose de similaire à un syndicat ? On verra ce que l’avenir nous réserve. Une seconde approche pourrait être d’entrevoir des alternatives à ces plateformes numériques, et de réfléchir à comment leur donner du poids. Si l’on reconnaît que l’enjeu de la sphère publique au sein d’un état est d’intérêt public, crucial à l’éducation et à l’usage de la démocratie – alors pourquoi ne pas avoir des alternatives financées par l’état ? On pourrait ainsi financer une plateforme qui garantirait les droits numériques à ses utilisateurs, car sous le contrôle des institutions de l’état. Actuellement, il n’existe aucun projet de la sorte. Et pourtant ? Des projets ambitieux et réussis pourraient métamorphoser nos sphères publiques et nos démocraties en profondeur. Peut-être que ces alternatives ne renverseraient pas les plateformes profondément en place, mais constitueraient des contre-pouvoirs importants. Le principe de contrepouvoir est au cœur même de nos projets démocratiques.

C’est un sujet au cœur de la politique numérique iranienne, qui applique un simili-protectionnisme des data pour garantir son contrôle sur sa sphère publique numérique (lien vers le passage en question dans le portrait suivant, celui de la startup iranienne Techrasa). A lire également leur analyse d’une décision majeure des autorités gouvernementales iraniennes à ce sujet.

 

Dévoilement

L’ACTIVISTE SE SITUE EN PERMANENCE PAR RAPPORT À SON ENVIRONNEMENT

Y a-t-il eu des moments particuliers, toi qui es lanceur d’alerte, qui t’ont poussé à être actif sur la question des droits numériques ?

Je me rappelle très précisément du débat autour de l’affaire Echelon en 1998. Pour faire simple il s’agissait déjà d’un réseau d’espionnage à grande échelle en Europe, à l’époque où l’Allemagne commençait déjà à passer ses premières lois sur la surveillance. C’était le début du cyber-espionnage, et il m’est apparu clair qu’internet était mon futur, et que je n’acceptais pas qu’il soit surveillé de telle manière. À cette époque, les politiciens ne savaient pas vraiment ce qu’ils faisaient avec les premières lois numériques. C’est là que je me suis rendu compte de mon plus simple devoir démocratique : je n’étais pas d’accord avec les lois qui allaient être mis en place, il fallait donc que je m’engage dans le débat pour revendiquer nos droits.

Le scandale du système Echelon est le premier concernant l’espionnage à grande échelle. Ce réseau international (impliquant les Etats-Unis et la plupart des pays anglo-saxons) se reposait sur des bases d’écoute des satellites de télécommunications commerciaux. Il est intéressant de relire aujourd’hui la manière candide dont on en parlait à l’époque sur Le Monde Diplomatique.

C’est une question qui peut paraitre un peu intime mais, est-ce devenu une raison de se lever tous les matins ?

C’est un job très cool, j’ai une équipe de huit personnes avec moi. On est financé par nos lecteurs et on peut agir en tant que journalistes farfouillant dans tous les débats politiques autour des questions d’internet et de la société. On essaye de créer de la conscience autour de ces sujets. Je pense que l’état de ces débats démocratiques serait beaucoup plus triste si on ne se levait pas chaque matin. Beaucoup de gens ont de l’argent mais aucune raison de se lever chaque jour, nous on essaye de résoudre des choses qui ne vont pas, c’est une bonne motivation. On est indépendant, viable, et on prend part au débat démocratique.

Tu te verrais être dans un autre environnement, faire quelque chose de radicalement différent, mais quand même être aussi épanoui de ce que tu fais ?

Je ne dirais pas que l’on fait des choses forcément excitantes. C’est intellectuellement très stimulant, c’est à la confluence de la technologie, de la programmation, du droit, de la politique, des médias. Chaque jour, il y a quelque chose de nouveau à apprendre. C’est quelque chose que j’apprécie beaucoup, car personne ne nous a réellement appris à faire ce travail. Tu dois à la fois penser comme un hacker, mais aussi comme un citoyen face aux différents débats en place. Tu te poses réellement la question de tes pistes d’investigations.

C’est que dans le fond, c’est quelque chose qui a beaucoup à voir avec ta capacité à être créatif, non ?

Je ne sais pas. Il faut que tu comprennes que nous sommes des hackers, et que nous pensons comme des hackers, et que nous cherchons juste à jouer un rôle en tant que média politique. C’est tout.

 
 

Où te vois-tu dans les années à venir avec Netzpolitik ?

Je n’ai aucune idée. (rires) Il y a dix ans il n’y avait aucun smartphone et l’équipe éditoriale de Netzpolitik comprenait deux personnes. Je ne pourrais même pas te dire ce que nous prévoyons d’être dans deux ans. Peut-être aurons-nous la même taille, peut-être nous serons plus gros. Par contre je peux te dire que nos sujets deviennent de plus en plus gros, et de plus en plus présent dans le « mainstream ».

C’est excitant ou stressant, d’avancer comme ça dans l’inconnu ?

C’est excitant car il y a dix ans on demandait un débat sur les questions numériques et aujourd’hui, finalement, il est là. On a eu la chance de pouvoir documenter ce processus.

Tu n’as pas de peurs vis-à-vis du demain ?

Non, nous n’avons pas peur. Pourquoi aurions-nous peur ? En fait, nous n’avons même pas le temps d’avoir peur, de se préoccuper de ce qui nous arrivera dans un an, ou dans deux ans.

Dans un sens, c’est juste une succession d’actions instinctives ?

On ne peut pas vraiment planifier ou intellectualiser ce que l’on fait, car chaque jour l’environnement dans lequel nous nous situons change. Que ce soit le paysage média, le paysage politique, ou l’environnement technique ; tout change très rapidement aujourd’hui. C’est une chose fascinante, et nous essayons d’agir au milieu de tout ça, en venant d’un milieu à la base très technique. On essaie de rassembler ensemble les perspectives politiques, techniques et médias pour créer quelque chose de nouveau. Je pense qu’être sur des domaines aussi variés nous permet d’avoir un rôle « stand-alone », grâce à notre média et à la convergence des différentes expertises sur les débats politiques.

C’est intéressant car en entrepreneuriat c’est un crédo, un mantra, de vouloir mélanger les genres. Tu te vois comme un entrepreneur ?

Pas vraiment, ce n’est pas du tout notre raisonnement. Nous ne réfléchissons pas comme des entrepreneurs, même si nous le sommes, par dépit. Notre approche intellectuelle de notre sujet n’est pas celle d’un entrepreneur. Nous nous voyons vraiment comme des acteurs démocratiques qui réfléchissent à partir de la notion de sphère publique, de comment nous pouvons l’investir pour y porter les débats numériques le plus haut possible, en apportant des approches et des expertises multiples.